Pôle Soummam

Journée internationale de la femme rurale : comment garantir une pleine participation des femmes au programme PASA ?

Les femmes sont l’épine dorsale de l’économie rurale, surtout dans les pays émergents. Elles représentent pratiquement la moitié de la force de travail agricole dans le monde et sont depuis quelques décennies de plus en plus impliquées dans l’agriculture. Les femmes sont appelées à devenir des agents incontournables du changement dans l’agriculture, la nutrition et le développement rural. En bénéficiant d’un meilleur accès à l’information, à la formation et à la technologie, elles peuvent infléchir les modes de production et de consommation au service d’une gestion durable des terres et des ressources.

Ce rôle est de plus en plus visible et accepté dans la conception sociale du développement humain, tant sur le plan politique qu’économique. Toutefois, au sein du secteur agricole, la contribution des femmes est souvent marquée par son caractère informel : la culture patriarcale empêche souvent les femmes d’accéder à la propriété, aux ressources productives et aux marchés.  

Afin de comprendre en détail le rôle multidimensionnel de la femme au sein de la filière oléicole en Algérie et plus particulièrement dans les wilayas de Bejaïa, Bouira et Tizi Ouzou, zone d’intervention du Programme d’Appui au Secteur de l’Agriculture – Pôle Soummam (PASA), une étude diagnostique approfondie a été menée par l’association Efficoop en septembre 2019 afin de proposer des leviers pour rendre la filière plus durable et plus inclusive.

La journée internationale de la femme rurale, célébrée ce jeudi 15 octobre, offre l’occasion de revenir sur les principales conclusions de cette étude ainsi que sur les stratégies adoptées par le PASA pour garantir la pleine participation des femmes dans le programme et dans la filière oléicole.  

Comprendre la répartition des rôles dans la filière

L’étude a notamment permis de mieux comprendre la répartition des rôles femmes/hommes dans la filière oléicole. Les femmes y jouent un rôle de premier plan et sont présentes à toutes étapes de la production et de la transformation. Toutefois, du fait des représentations sociales, elles accèdent plus difficilement à la formation et font rarement partie d’associations professionnelles.

Au niveau des exploitations oléicoles, la main d’œuvre est majoritairement féminine, bien qu’il ait pu être observé que plus une exploitation se modernisait, plus la main d’œuvre se masculinisait. L’agrandissement d’une parcelle ou la formalisation de son activité exigent des oléiculteurs et oléicultrices l’acquisition de nouvelles compétences, liées au statut juridique, à la gestion administration, à la vente, etc.

Or il est bien souvent plus difficile aux oléicultrices et aux oléifactrices d’acquérir ces compétences car elles peuvent difficilement se déplacer sur les lieux des formations. La part plus importante d’analphabétisme chez les femmes (41.3% des femmes contre 21.8% des hommes en milieu rural selon les données de 2013) peut par ailleurs constituer un obstacle dans l’accès à l’information ou à la formation quand elle passe par l’écrit.

L’écoulement de la production repose également en grande partie sur les femmes qui gèrent le stock d’huile d’olive et vendent à l’entourage de la famille. Lorsque la production est vendue en dehors du cercle familial et du voisinage, ce sont plutôt les hommes qui s’en chargent, du fait ici encore de la faible mobilité des femmes.

Adapter la stratégie du PASA aux besoins spécifiques des femmes

Il s’agit alors pour le PASA  de s’assurer que les femmes bénéficient des activités mises en œuvre, au même titre que les hommes. Pour cela, il s’agira notamment de proposer des supports audio ou vidéo pour dépasser l’obstacle de l’analphabétisme et d’organiser également  des formations de proximité sur le terrain pour les femmes ne pouvant pas se déplacer. Plusieurs centaines d’oléicultrices et d’oléifactrices devraient ainsi être formées par les conseillers agricoles qu’aura accompagnés le PASA. Parmi elles, certaines femmes seront identifiées et accompagnées pour devenir elles-mêmes des oléicultrices-relais, capables de diffuser sur le terrain les bonnes pratiques et d’appuyer leurs pairs.

Agir sur les perceptions

L’oléiculture est souvent une activité secondaire pour les foyers de la région, qui pratiquent d’autres activités agricoles en parallèle. La production d’huile d’olive est ainsi perçue comme un complément utile de revenus ou comme une manière de diminuer les dépenses de la famille en substituant à l’huile achetée, sa propre production. Les débouchés commerciaux sont sous-estimés, à la fois pour l’huile et pour les sous-produits comme le savon. « Si les femmes ne perçoivent pas leur intérêt économique dans le développement d’une activité, elles ne s’y engageront pas, et de fait, ne seront pas disposées à faire évoluer leurs pratiques de production » rappellent les auteurs du rapport d’étude.  

Circulant difficilement entre des acteurs peu coordonnés, l’information sur la filière est souvent lacunaire et la perception du risque lié au lancement d’une activité oléicole ou à sa modernisation peut s’en trouver accrue.

Afin de combler ce déficit d’information, le PASA a lancé une enquête de consommation et de marché afin de déterminer les opportunités commerciales disponibles pour l’huile d’olive issue des wilayas de Béjaïa, de Bouira et de Tizi Ouzou.

En 2021, des efforts spécifiques seront dédiés à la restitution et à la mise en débat des conclusions issues de cette enquête auprès des associations de femmes, des oléicultrices et des oléifactrices.

Le PASA réalisera également prochainement une étude de faisabilité sur la valorisation des sous-produits comme le savon, dont les conclusions seront également partagées auprès des femmes et des associations de femmes : en dépit de plusieurs formations dédiées, cette activité demeure très marginale chez les oléicultrices, faute de visibilité sur les débouchés commerciaux.


Qu’il s’agisse de renforcer l’appui-conseil ou d’améliorer l’information disponible sur la filière, le PASA s’efforcera d’interroger puis d’évaluer l’impact que le programme a sur la participation des femmes au sein de la filière : le « do no harm » (agir sans nuire) est en ce sens un principe directeur. Le PASA met ainsi l’accent sur la promotion de pratiques durables et inclusives, liées à une pluralité de modèles de production/transformation, y compris traditionnels, au sein desquels les femmes sont fortement mobilisées.